Ces
temps-ci, un père qui m’est très
proche se retrouve dans la tourmente d’un processus
judiciaire pour faire valoir son droit à une
garde partagée plus équitable de ses enfants.
Cela fait suite à ses propres constats à
l’effet que l’autre partie n’ait pas
respecté certaines ordonnances précédentes
visant à améliorer la condition de leurs
enfants, et à une demande de ceux-ci de voir
plus souvent leur père. Les garçons partagent
actuellement son quotidien à raison de quatre
jours en deux semaines, soit moins du tiers du temps
de garde. Il a vraiment mis beaucoup d’énergie,
de volonté et de patience pour stabiliser sa
situation professionnelle, et donc financière.
En cela, et de la façon qu’il se dévoue
pour ses enfants, je reconnais en lui cet engagement
parental qui, parfois, laisse à désirer
chez d’autres qui ont malheureusement une garde
exclusive – c’est-à-dire qui assument
plus de 80% du temps de garde.
Dans
pareil processus où avocats et juge sont parties
prenantes, il arrive que demande soit faite par un des
principaux concernés ou par la Cour que les parties
soient soumises à certains contrôles par
des professionnels. Les conclusions de ces professionnels
serviront donc à la Cour pour rendre une décision
éclairée. C’est une expérience
très éprouvante d’être ainsi
scruté à la loupe, dans l’attente
d’un jugement.
En
matière de séparation familiale et de
garde d’enfants, la société, ces
dernières 40 années, a beaucoup changé,
cependant que les mentalités traînent toujours
de la patte. Je veux dire que de plus en plus de personnes
estiment que les pères s’impliquent davantage
auprès de leurs enfants, mais il semble y avoir
réticence à leur faire confiance. Avoir
des enfants est encore perçu comme une affaire
de femmes.
Actuellement,
dans le cas qui concerne l’homme en question,
rien n’est encore joué. Selon toute vraisemblance,
il a des raisons de craindre qu’on ne prenne pas
en considération ses progrès, mais qu’on
tienne bien compte des efforts de madame. Aussi bien
dire qu’on exige du père qu’il fasse
ses preuves, en quoi on n’a jamais fini de l’esquinter,
et qu’on permette à la mère qui
s’amende de conserver ses acquis.
Je
conçois aisément, pour être auparavant
passé par la même épreuve que lui,
quelle gamme d’émotions le submerge depuis
qu’il a reçu le rapport de la professionnelle
qui l’a expertisé ainsi que la mère.
Ce genre de document ne vous dépeint généralement
pas sous votre plus beau jour, bien qu’il doive
être lu comme un miroir qui vous montre les défauts
à corriger. Dans les circonstances, je sais que
je suis certainement le mieux placé, parmi les
hommes de son entourage, pour le comprendre.
Et
pourtant… et pourtant, j’aurais cru qu’il
se serait tourné vers moi pour s’épancher,
moi qui ai connu les mêmes tourments, les mêmes
incertitudes, les mêmes inquiétudes. Eh
non ! c’est à notre mère qu’il
a confié ses craintes. Comme quoi les hommes
ne cherchent pas spontanément à être
réconfortés par ceux qui n’attendent
que cela, comme ces pères qui se résignent
à laisser aller leurs enfants en pleurs vers
la mère.
Ce
midi, en dînant, j’ai appris au bulletin
de nouvelles que Nadia Suleman, cette femme, mère
de six enfants, qui a accouché récemment
d’octuplés, allait accorder une entrevue
moyennant une somme d’argent tenue secrète
(on a déjà parlé de millions !).
Dans la foulée de cette nouvelle, on annonçait
qu’une canadienne de 60 ans est allée suivre
un traitement de fertilisation in vitro en Inde, parce
qu’on le lui refusait au Canada, pour des considérations
bioéthiques, bien entendu.
Dans
le premier cas, Mme Suleman – une femme monoparentale,
sans source de revenu connue et résidant encore
chez ses parents – va expliquer qu’elle
voulait devenir mère pour combler la solitude
de son enfance. Pour ce faire, elle a eu recours à
la fécondation in vitro. Ça lui fera donc
la joyeuse compagnie de 14 bambins ! À la question
d’une passante interceptée dans la rue,
qui se demandait comment Mme Suleman allait faire pour
changer simultanément de couche huit nouveaux
nés, elle a candidement répondu qu’elle
faisait confiance…
En
ce qui concerne la sexagénaire canadienne, le
refus du milieu médical de lui permettre de procréer
se basait en grande partie sur le fait que son état
de santé ne le lui permettait pas – elle
souffre de diabète et d’hypertension. Mais
aussi parce qu’on s’est demandé quel
avenir auront ces enfants avec une mère si âgée.
Toutefois, elle est loin de battre le record de la maman
la plus âgée, une européenne de
66 ans !
Est-ce
que les enfants sont des poupées ? Est-ce que
les enfants sont des trophées ? Est-ce que la
société approuve ce genre de choses ?
Je ne pense pas, à entendre diverses réactions.
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il
n’y a pas consensus !
Je
lance une réflexion. Un homme qui veut des enfants
est obligé d’avoir l’accord d’une
femme. Il ne se paie pas encore de femmes pour porter
à terme une grossesse et remettre au débiteur
l’enfant vagissant. Et de toute façon,
un tel contrat serait d’un compliqué !
D’autant que ça existe déjà
: ça s’appelle un mariage…
Imaginez
un quidam, désireux de se réaliser dans
la paternité, qui aborde une étrangère
sur la rue, lui propose une forte somme d’argent
pour permettre à son sperme de glisser jusqu’à
l’ovule qu’il ne détient pas, et
lui promet de ne plus l’embêter après
qu’elle lui aura remis son joujou, parce que,
de toute façon, il ne veut pas s’encombrer
d’une femme dans sa vie !
Quand
j’entends qu’une femme se passe des hommes
de la sorte pour enfanter, sous le simple prétexte
que la technologie le lui permet, les poils me hérissent
la peau. Quelle éducation et quelles valeurs
va-t-elle donner à sa progéniture apatrice,
c’est-à-dire sans père ? J’ai
tout à coup un vague sentiment d’être
du sexe faible…
Nous,
les hommes, avons toutefois un certain pouvoir pour
empêcher ce genre de dérive. Il s’agit
de réfléchir juste un petit peu…
Cessons de donner notre sperme !
Bon,
c’est assez pour aujourd’hui. Je m’en
vais ‘ien qu’ su’ une gosse !