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Michel Thibeault, président

Chronique TÊTE À QUEUE
par Michel Thibeault, président

Suis-je un bon père? / 15 juin 2008

Je viens de lire un texte du psychologue / sexologue Yvon Dallaire sur la réelle fonction du père. Monsieur Dallaire est certainement l’une des rares références québécoises de niveau international en matière de condition masculine et j’ai beaucoup de respect pour lui. Il a été et demeure l’une de mes plus grandes inspirations dans ma motivation pour améliorer la condition des hommes. Pour ne rien enlever à mon père qui demeure mon plus grande guide, disons que Dallaire est mon mon’oncle spirituel.

Son dernier texte m’a fait peur, j’ai eu peur de ne pas avoir posé les bons gestes avec ma fille, j’ai eu peur d’avoir été trop mère et pas assez père. Tout à coup que ma fille a été gâchée par mon incapacité à jouer les fonctions décrites par Dallaire? Ce dernier semble scinder de façon très distincte les rôles de la mère et du père et je ne retrouve pas du tout cette notion dans ma famille. Ma fille en souffrira-t-elle? Deviendra-t-elle une jeune déséquilibrée, délinquante, incapable d’avancer adéquatement dans la vie? Le texte de Dallaire m’a vraiment fait douter.

Et je me suis mis à réfléchir sur moi, ce que je ressens, ce que je suis à l’intérieur du couple que je forme avec ma blonde et ce que ma fille est devenue aujourd’hui à 10 ans. Elle est belle ma fille, elle est en santé et accumule d’excellents résultats scolaires d’année en année. Elle est sociable au point d’être maintenant plus connue que son père et sa mère qui sont pourtant impliqués dans la communauté depuis près de 15 ans. Nous sommes maintenant reconnus comme les parents de Bernadette avant de posséder notre propre identité! Est-ce que mon bonheur n’est qu’un mirage puisque je n’ai pas été le père décrit dans le texte de Dallaire?

Non, je crois que non. Je dois dire que je suis un peu fatigué de considérer et reconsidérer chacun des gestes que je pose comme parent et de devoir évaluer si la fonction que j’accomplis est vraiment mienne. Maudit que ça a l’air compliqué d’être père! Non, je ne suis pas celui qui doit séparer sa fille de sa mère puisque cette dernière n’a jamais été la matrice d'un amour fusionnel ou celle qui n’était qu’un cocon confortable pour son enfant.

Peut-être que le texte de Dallaire vient établir le constat que la plupart des mères, encore aujourd'hui, se limitent à leurs fonctions maternantes et donc, que le père doit absolument jouer le rôle opposé pour en venir à dissocier l’enfant de sa mère. Dans ce cas, une toute petite phrase dans le texte de Dallaire m’aurait rassuré : le père peut accomplir toute autre fonction identifiée à la mère si c’est en équilibre avec ses fonctions intrinsèquement liées à sa paternité.

Le seul moment de ma vie de père qui m’a insatisfait, c’est le moment où j’ai senti que j’étais confiné dans le rôle de celui qui exprime seul les limites et qui doit également être le seul protecteur de la famille. Je me sentais opprimé, prisonnier d’un rôle ingrat, exclut des joies que les fonctions maternelles peuvent apporter. J’ai alors voulu vivre ce que c’est d’être une mère et ainsi savoir si ça allait me rendre plus heureux. Je me suis mis à bercer, à câliner, à baigner, à coller et à nourrir. Je suis alors devenu pleinement heureux en jouant un rôle -plus profond, plus complet- qui me comble. Au même moment, ma conjointe a expérimenté des fonctions qui m’étaient jusqu’alors réservées et s’est rendue compte qu’elle aussi devenait plus heureuse. Aujourd’hui, nous sommes devenus de véritables voleurs de fonctions : elle joue souvent au père, je joue souvent à la mère. De toute façon, je suis incapable de me limiter aux rôles exprimés dans le texte de Dallaire : je dois puiser dans les fonctions traditionellement attribuées à la mère pour être heureux. Est-ce mal? Ma famille peut-elle vivre dans le bonheur depuis 10 ans et se tromper? Peut-être.

Ce que je crois primordial de souligner, c’est que chaque mère et chaque père s’avèrent différent. Des hommes sont près de la description de la fonction du père de Dallaire, d'autres ne pourront jamais accomplir ces fonctions. Il faut tenir compte de cet aspect et rechercher la complémentarité lorsque l’on choisit la mère de nos futurs enfants. Je ne serai pas efficace pour gérer la discipline? J'aurai besoin de choisir une femme qui prendra en charge cette fonction. Pour moi, l'importance ne réside pas dans la distinction des fonctions parentales mais plutôt dans la capacité des parents à agir en complémentarité.

Ce dont je suis absolument convaincu, c’est que nous sommes à une époque où le choix d’une conjointe se fait à la vitesse de l’achat d’un grille-pain, sans prendre le temps de considérer les vraies valeurs, les qualités et les faiblesses de l’autre et ses visions profondes sur les rôles du père et de la mère. Une bonne job, de l'ambition de l'indépendance et hop, tout est là pour former un couple.

La femme devant moi pourra-t-elle travailler en équipe ou se campera-t-elle dans un rôle -dans une fonction- qui limitera mes fonctions auprès de mon enfant? Voilà une réflexion qui s'impose.

Je suis un père heureux car j'ai toujours perçu qu'aucune fonction n'était mise hors de ma portée par ma conjointe, y compris ses fonctions maternelles. Être un père heureux et équilibré, c’est avoir à ses côtés une femme qui reconnaît les bons coups de son conjoint, qu'ils soient inclus ou non dans les fonctions réelles du père.

Ce dont il faut être conscient -au-delà des fonctions décrites par Dallaire- c'est que la paternité commence bien avant la naissance de son enfant. La paternité commence lorsqu'une femme devient notre conjointe et que nous évaluons alors nos capacités communes à accomplir des fonctions parentales complémentaires à l'autre.

Ce dont je suis le plus fier finalement, c’est qu’un jour, j’ai choisi une femme qui allait devenir la mère de ma fille... et que j’ai fait le bon choix. Voilà qui est bien plus important que de passer du temps à définir quelles fonctions devraient être les miennes.

p.s. je n'ai même pas abordé la situation des parents homosexuels qui, analysée par certaines recherches américaines, viennent confirmée que les enfants qui en sont issus s'avèrent aussi équilibrés que la moyenne des enfants d'unions hétérosexuelles. Qu'en est-il alors des réelles fonctions parentales dont parle Yvon Dallaire? Maudit que c'est compliqué...

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Des hommes mal en point

''...les hommes se nourissent moins bien que les femmes et un moins grand nombre d'entre eux considèrent avoir de saines habitudes alimentaires...''

''...les hommes se soignent beaucoup moins que les femmes et posent moins fréquemment et moins volontairement que celles-ci les gestes nécessaires au maintien ou à la restauration de leur santé. En fait, trop souvent, lorsqu’ils se décident à consulter, il est très tard, et parfois même trop tard...''

''...lorsqu’ils demandent de l’aide, les hommes plus traditionnels le font d’une façon non conventionnelle, parfois agressivement parce que mal dans leur peau. Ils risquent d’être reçus de manière répressive, ou de se voir refuser l’accès aux services...''

extraits du Rapport Rondeau - Janvier 2004

 


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