Suis-je
un bon père? /
15 juin 2008
Je
viens de lire un texte du psychologue / sexologue Yvon
Dallaire sur la réelle fonction du père.
Monsieur Dallaire est certainement l’une des rares
références québécoises de
niveau international en matière de condition
masculine et j’ai beaucoup de respect pour lui.
Il a été et demeure l’une de mes
plus grandes inspirations dans ma motivation pour améliorer
la condition des hommes. Pour ne rien enlever à
mon père qui demeure mon plus grande guide, disons
que Dallaire est mon mon’oncle spirituel.
Son
dernier texte m’a fait peur, j’ai
eu peur de ne pas avoir posé les bons gestes
avec ma fille, j’ai eu peur d’avoir été
trop mère et pas assez père. Tout à
coup que ma fille a été gâchée
par mon incapacité à jouer les fonctions
décrites par Dallaire? Ce dernier semble scinder
de façon très distincte les rôles
de la mère et du père et je ne retrouve
pas du tout cette notion dans ma famille. Ma fille en
souffrira-t-elle? Deviendra-t-elle une jeune déséquilibrée,
délinquante, incapable d’avancer adéquatement
dans la vie? Le texte de Dallaire m’a vraiment
fait douter.
Et
je me suis mis à réfléchir sur
moi, ce que je ressens, ce que je suis à l’intérieur
du couple que je forme avec ma blonde et ce que ma fille
est devenue aujourd’hui à 10 ans. Elle
est belle ma fille, elle est en santé et accumule
d’excellents résultats scolaires d’année
en année. Elle est sociable au point d’être
maintenant plus connue que son père et sa mère
qui sont pourtant impliqués dans la communauté
depuis près de 15 ans. Nous sommes maintenant
reconnus comme les parents de Bernadette avant de posséder
notre propre identité! Est-ce que mon bonheur
n’est qu’un mirage puisque je n’ai
pas été le père décrit dans
le texte de Dallaire?
Non,
je crois que non. Je dois dire que je suis un peu fatigué
de considérer et reconsidérer chacun des
gestes que je pose comme parent et de devoir évaluer
si la fonction que j’accomplis est vraiment mienne.
Maudit que ça a l’air compliqué
d’être père! Non, je ne suis pas
celui qui doit séparer sa fille de sa mère
puisque cette dernière n’a jamais été
la matrice d'un amour fusionnel ou celle qui
n’était qu’un cocon confortable
pour son enfant.
Peut-être
que le texte de Dallaire vient établir le constat
que la plupart des mères, encore aujourd'hui,
se limitent à leurs fonctions maternantes
et donc, que le père doit absolument jouer le
rôle opposé pour en venir à dissocier
l’enfant de sa mère. Dans ce cas, une toute
petite phrase dans le texte de Dallaire m’aurait
rassuré : le père peut accomplir toute
autre fonction identifiée à la mère
si c’est en équilibre avec ses fonctions
intrinsèquement liées à sa
paternité.
Le
seul moment de ma vie de père qui m’a insatisfait,
c’est le moment où j’ai senti que
j’étais confiné dans le rôle
de celui qui exprime seul les limites et qui doit également
être le seul protecteur de la famille. Je me sentais
opprimé, prisonnier d’un rôle ingrat,
exclut des joies que les fonctions maternelles
peuvent apporter. J’ai alors voulu vivre ce que
c’est d’être une mère
et ainsi savoir si ça allait me rendre plus heureux.
Je me suis mis à bercer, à câliner,
à baigner, à coller et à nourrir.
Je suis alors devenu pleinement heureux en jouant un
rôle -plus profond, plus complet- qui me comble.
Au même moment, ma conjointe a expérimenté
des fonctions qui m’étaient jusqu’alors
réservées et s’est rendue compte
qu’elle aussi devenait plus heureuse. Aujourd’hui,
nous sommes devenus de véritables voleurs
de fonctions : elle joue souvent au père,
je joue souvent à la mère. De
toute façon, je suis incapable de me limiter
aux rôles exprimés dans le texte de Dallaire
: je dois puiser dans les fonctions traditionellement
attribuées à la mère pour
être heureux. Est-ce mal? Ma
famille peut-elle vivre dans le bonheur depuis 10 ans
et se tromper? Peut-être.
Ce que je crois primordial de souligner, c’est
que chaque mère et chaque père s’avèrent
différent. Des hommes sont près de la
description de la fonction du père de Dallaire,
d'autres ne pourront jamais accomplir ces fonctions.
Il faut tenir compte de cet aspect et rechercher la
complémentarité lorsque l’on choisit
la mère de nos futurs enfants. Je ne serai pas
efficace pour gérer la discipline? J'aurai besoin
de choisir une femme qui prendra en charge cette fonction.
Pour moi, l'importance ne réside pas dans la
distinction des fonctions parentales mais plutôt
dans la capacité des parents à agir en
complémentarité.
Ce
dont je suis absolument convaincu, c’est que nous
sommes à une époque où le choix
d’une conjointe se fait à la vitesse de
l’achat d’un grille-pain, sans prendre le
temps de considérer les vraies valeurs, les qualités
et les faiblesses de l’autre et ses visions profondes
sur les rôles du père et de la mère.
Une bonne job, de l'ambition de l'indépendance
et hop, tout est là pour former un couple.
La
femme devant moi pourra-t-elle travailler en équipe
ou se campera-t-elle dans un rôle -dans une fonction-
qui limitera mes fonctions auprès de mon enfant?
Voilà une réflexion qui s'impose.
Je
suis un père heureux car j'ai toujours perçu
qu'aucune fonction n'était mise hors de ma portée
par ma conjointe, y compris ses fonctions maternelles.
Être
un père heureux et équilibré, c’est
avoir à ses côtés une femme qui
reconnaît les bons coups de son conjoint, qu'ils
soient inclus ou non dans les fonctions réelles
du père.
Ce
dont il faut être conscient -au-delà des
fonctions décrites par Dallaire- c'est que la
paternité commence bien avant la naissance de
son enfant. La paternité commence lorsqu'une
femme devient notre conjointe et que nous évaluons
alors nos capacités communes à accomplir
des fonctions parentales complémentaires à
l'autre.
Ce
dont je suis le plus fier finalement, c’est qu’un
jour, j’ai choisi une femme qui allait devenir
la mère de ma fille... et que j’ai fait
le bon choix. Voilà qui est bien plus important
que de passer du temps à définir quelles
fonctions devraient être les miennes.
p.s.
je n'ai même pas abordé la situation des
parents homosexuels qui, analysée par certaines
recherches américaines, viennent confirmée
que les enfants qui en sont issus s'avèrent aussi
équilibrés que la moyenne des enfants
d'unions hétérosexuelles. Qu'en est-il
alors des réelles fonctions parentales dont parle
Yvon Dallaire? Maudit que c'est compliqué...
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