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Chronique TÊTE À QUEUE

par Michel Thibeault

Michel Thibeault, président
Maudite ignorance
19 juillet 2009

J'étais heureux, confiant et positif ce soir-là où j'ai eu la bonne idée de faire une nouvelle recherche sur les ressources pour les hommes en détresse.

J'ai bien trouvé plusieurs listes qui suggèrent de l'aide pour les hommes. J'étais content car de nouvelles ressources naissent à chaque année mais ma joie ne dura pas longtemps parce que j'ai remarqué un lien vers une texte de Micheline Carrier, texte publié sur le site Sisyphe.com. Allez lire le texte.

Madame Carrier nous écrit que les médias et les sites masculinistes osent affirmer qu'il n'y a pas de ressources pour les hommes en détresse. Pour répondre à une exagération, elle affirme ''il existe de nombreuses ressources pour les hommes en détresse''.

J'hésite fort sur le genre de perception que je dois me faire de vous madame Carrier. Vous êtes soit mal informée et votre analyse complètement fausse soit malhonnête en déformant la réalité pour protéger un féminisme dépassé. Permettez-moi de pencher vers la première option mais je vous mets en garde, une toute petite brise pourrait influencer ma position.

Je souligne que votre texte est, pour une partie, crédible. Effectivement, il existe une quantité appréciable (mais tout de même insuffisante) de ressources pour les HOMMES VIOLENTS. Il est important de rappeler que ces ressources ne sont pas nées d'une volonté d'aider prioritairement les hommes mais plutôt de contrer la violence faite aux femmes. Nuance importante qui a forgé toute notre culture ''d'aide au féminin''.

Si l'on aidait vraiment les hommes violents madame, on aurait devant nous un réseau de Centres d'hommes équivalent au réseau de Centres de femmes. Les hommes posséderaient ainsi une merveilleuse porte d'entrée -à leur image- servant de référence vers l'aide DE LEUR CHOIX. Actuellement, un grand nombre d'hommes violents "qui reçoivent une aide nombreuse" comme vous le dites si naïvement, y sont fortement poussés et souvent lorsqu'il se fait un peu tard.

Parait-il que pour les hommes, les coups de pieds au cul sont plus efficaces que la tape dans l'dos. En cette matière, en tant que digne représentant des hommes, je ne pourrais pas me faire d'idée, mon derrière étant surstimulé et mon dos bien peu caressé...

Là où vos propos deviennent totalement inacceptables madame Carrier, c'est lorsque vous écrivez que les ressources sont nombreuses pour venir en aide aux HOMMES EN DÉTRESSE (différents des hommes violents). Je pourrais insérer une image d'un déraillement de train et cette image vaudrait alors milles de vos mots.

''Nombreuses'' que vous écrivez, vous osez écrire: ressources nombreuses.

Je ne ferai pas lire votre texte à ce père qu'on a dû séparer de ses filles parce qu'il n'y pas de maison d'hébergement père/enfant en Mauricie ou à celui de Sherbrooke qui a pensé au suicide pour les mêmes raisons et qui a dû se dénoncer lui-même à la DPJ pour offrir un endroit pour dormir à ses enfants.

Vous auriez dû voir pleurer ces hommes madame et alors, je crois que vous n'auriez jamais écrit votre texte en y insérant une expression aussi méprisante que: ressources nombreuses pour les hommes en détresse.

Je ne ferai pas lire votre texte à ces hommes abusés sexuellement dans leur enfance et qui se font dire par certaines ressources -à chaque maudite semaine- que "malheureusement, nous aidons uniquement les femmes''. J'ai moi-même été contacté par une dizaine d'intervenantes qui viennent en aide aux femmes victimes d'abus pour me signifier l'injustice qu'est l'absence de ressources SUPPORTÉES FINANCIÈREMENT et spécifiques pour les hommes abusés. Dites-vous que ces intervenantes exagèrent? Oseriez-vous écrire cela madame Carrier?

Je ne ferai pas lire votre texte à ces pères de la région de Lanaudière qui voudraient voir leurs enfants en présence d'un intervenant pour les aider à devenir de meilleurs pères mais qui n'ont aucun endroit pour le faire. Que dois-je dire à un père qui me dit qu'il se suicidera parce qu'il n'a aucun endroit pour voir ses enfants? Qu'il lise votre texte pour se faire dire qu'il n'a pas de raison d'avoir envie de mourir?

Anttention madame, en tenant de tels propos, vous qualifiez également le rapport Rondeau de ramassis de propos mensongers puisque ce dernier insite sur le fait qu'il urge de mettre en place des services pour les hommes en détresse. Moi je pensais que quand une équipe d'intervenants crédibles supervisés par un certain Gilles Rondeau nous dit qu'il urge de créer des services, c'est parce qu'il serait plutôt mal vu de qualifier les ressources actuelles de ''nombreuses''.

Si Rondeau est quelqu'un qui exagère, alors moi, je suis un terroriste.

Je pense madame que vous avez trop côtoyé la détresse féminine et trop peu la détresse masculine. L'une vous aveugle et l'autre vous fait probablement peur. Trop observer les hommes comme étant des agresseurs peut même amener à avoir peur de leur détresse. J'ai un merveilleux traitement contre cette menace madame Carrier, je rencontre plus d'hommes qui pleurent et moins d'hommes qui frappent. Faudra essayer madame, ça fait des miracles pour garder l'équilibre.

J'ai été mis en contact avec plusieurs centaines d'hommes en détresse dans les sept dernières années et je rage toujours de constater que certaines personnes écrivent des textes sur la détresse des hommes sans en comprendre la nature même, sa source, sa face et... son nombre.

Et si vous pensiez que les ressources sont ''nombreuses'' parce que vous croyez que le nombre d'hommes en détresse est moins élevé que ce qu'il est réellement? Et si vous ne saviez pas que le code de conduite en matière de masculinité empêche même les hommes d'avouer leur détresse et donc de nous amener à sous estimer leur nombre? Et si l'ignorance était à la source de vos mots si faux?

Madame Carrier, je vous invite à me contacter personnellement, je me ferai un devoir de vous raconter ce que j'ai vécu comme intervenant et comme président de cette fondation. Je vous mettrai en contact avec des hommes crédibles -des féministes même- qui vous raconteront leurs expériences auprès d'hommes négligés par l'absence tragique de ressources pour les hommes en détresse. Je vous mets au défi de ré-écrire les mêmes mots après ces rencontres.

Mais surtout et surtout, j'ai cherché dans votre texte et je n'ai pas vu la phrase qui m'aurait rassuré:

''Peu importe le nombre de ressources actuelles et les chiffres lancés qui sont plus ou moins véridiques, il importe de créer de nouvelles sources d'aide pour les hommes en détresse. Il faut partir en guerre contre la détresse, quel que soit son genre"

Mais vous ne l'avez pas écrite cette phrase madame Carrier, cette phrase qui aurait fait de vous une humaniste autant qu'une féministe et qui aurait tué n'importe quel doute sur vos intentions. Vous pourrez me taxer de prétentieux madame mais malgré mon statut de masculiniste avoué, je suis fier de ce que je suis car je travaillerai toujours pour que demain, les femmes obtiennent plus d'aide qu'hier, au même titre que les hommes dont j'ai pourtant choisi de prioriser la cause.

Je n'écrirai jamais madame que les femmes ont trop de ressources, JAMAIS, même si les miens sont négligés. Je suis tellement heureux madame de n'avoir jamais écris un texte comme le vôtre, sinon, des gens auraient alors pensé que je ne faisais que protéger les quelques maigres dollars associés à mon genre.

Je ne veux pas me convaincre que c'est votre cas, voilà pourquoi je prendrai le temps qu'il faudra pour vous informer de la réalité vécue par les hommes en détresse. Svp madame Carrier, rassurez-moi sur l'avenir et permettez-moi d'être convaincu que vous ne serez pas un obstacle au développement de ressources pour les hommes.

Svp madame Carrier, répondez à ce texte et dites-moi que vous êtes d'accord pour que des Centres d'hommes voient le jour un peu partout au Québec.

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Des hommes mal en point

''...les hommes se nourissent moins bien que les femmes et un moins grand nombre d'entre eux considèrent avoir de saines habitudes alimentaires...''

''...les hommes se soignent beaucoup moins que les femmes et posent moins fréquemment et moins volontairement que celles-ci les gestes nécessaires au maintien ou à la restauration de leur santé. En fait, trop souvent, lorsqu’ils se décident à consulter, il est très tard, et parfois même trop tard...''

''...lorsqu’ils demandent de l’aide, les hommes plus traditionnels le font d’une façon non conventionnelle, parfois agressivement parce que mal dans leur peau. Ils risquent d’être reçus de manière répressive, ou de se voir refuser l’accès aux services...''

extraits du Rapport Rondeau - Janvier 2004

 


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