J’pisse
assis. Depuis quand? Je ne saurais dire. Probablement
depuis quelques années.
Pourquoi?
Par protestation. À chaque fois que j’pisse,
je proteste. Y’en a qui fabriquent des pancartes
et qui pondent des slogans… moi, j’pisse
assis. Le geste est moins flamboyant mais possède
le mérite d’être fréquent…
quotidien. J’manifeste pas fort, mais souvent.
Les
conservateurs manifestent bleu, les libéraux
militent rouge et moi… je fais ça en jaune.
En
pissant assis, je m’attaque aux stéréotypes.
Je haïs les stéréotypes. Simplement
parce que je n’aime pas qu’on me dicte ce
que je dois être. Ne me dites jamais ce que je
dois porter, aimer, pratiquer sinon vous vous le ferez
dire… lors de ma prochaine visite au petit coin.
J’ouvre
ici une petite parenthèse. Les machos stéréotypés
qui se prennent pour des pseudos-délinquants
se mentent car ils ne font que répondre à
un code de conduite préhistorique dépassé
qui impose qu’un homme doit être fort et
que la femme doit être soumise. Ils ne sont que
de pauvres dépendants d’une masculinité
dictée depuis des millénaires. Le contraire
d’avoir du caractère, le contraire de la
force.
Juste
à écrire les derniers mots et j’ai
envie d’aller pisser…
Fin
de la parenthèse.
Messieurs,
libérez-vous de vos chaînes, pissez assis!
Attention, le pissage assis provoque toutefois des changements
importants, notamment au niveau de la perception mammaire.
Je m’explique. Au
point où j’en suis rendu, vous comprenez
que j’aime les missions impossibles.
Je
ne vois plus les seins de la même façon
depuis que j’pisse assis. Y a-t-il un chercheur
dans la salle? Faudrait se lancer dans une recherche
sociologique : pourquoi l’homme qui pisse assis
sécrète-il moins de bave devant une paire
de seins Budweiser?
Depuis
que j’pisse assis, les pubs de bière m’écoeurent.
Est-ce une maladie mentale? Le fait de pisser assis
doit modifier certaines connections neurologiques car
je n’ai plus d’érection quand je
vois des innocentes aux seins triple D essayer de vendre
de la bière à ma bizoune qui, au contraire,
ne boit pas mais expulse. Je me sens méprisé.
On me réduit à l’état d’une
grosse bite incapable de se contrôler devant une
petoune au bord de l’orgasme. Quand un show de
char m’est également vendu avec les seins
ou les fesses d’une petoune, on me prend pour
un con.
Je
n’aime pas qu’on me prenne pour un con.
Je
me rends donc compte qu’en pissant assis, j’ai
changé. Je suis moins con. Mais comment un si
petit geste peut-il changer une vie? Tout est une question
de vision.
En
pissant assis, c’est toute ma perspective du monde
qui a changé. Quand je pissais deboute, j’étais
toujours face au mur, la vision réduite, l’horizon
absent. Pisser deboute, c’est réduire sa
vision et sa perception à son membre et se confondre
avec lui. J’aime mon membre quand il me seconde,
pas quand il me domine. J’ai dompté la
bête, tout ça en m’assoyant. J’pourrais
certainement conseiller le célèbre César
qui apprivoise les plus féroces pitous…
Vous
croyez que j’blague? Malheureusement pas. La semaine
dernière, j’ai participé à
un événement réunissant près
de 200 personnes et pendant que nous étions tous
réunis, les femmes se parlaient, se présentaient,
se découvraient. C'était remarquable.
Plusieurs femmes -des inconnues- sont venues me parler.
Pas UN homme n’a eu le même réflexe.
Sauf
en pissant. Et ceci est complètement vrai. Quatre
gars ont entamé une discussion avec moi la seule
fois où je suis allé pisser. J’avais
pourtant croisé les mêmes gars plusieurs
fois dans les heures précédentes sans
bonjour, sans sourire.
Un
monde fermé que celui des hommes, qui ne s’ouvre
qu’en pissant le nez collé contre un mur.
Sérieusement
les gars, il est temps que ça change. Il est
temps que notre masculinité se transforme et
se libère des stéréotypes qui nous
gardent prisonniers à grands coups de mensonges,
de messages et d’images méprisantes.
Dès
aujourd’hui, changez, pissez assis, faites face
au monde, voyez enfin, ouvrez-vous aux autres et plus
rien ne sera impossible!
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