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Tête à queue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Chronique TÊTE À QUEUE
par Michel Thibeault, président
Michel Thibeault, président
Je suis bi et les hommes sont faux
1 juillet 2009

Cet été, je vais appliquer de belles petites fleurs bleues pâles sur mon « gros pick-up ». J’aime ça les fleurs. C’est la deuxième fois que je me permet cette petite incartade dans « l’univers de la féminité » car j’ai déjà possédé un camion avec des fleurs bien en vue sur sa carrosserie.

Geste anodin qui provoque pourtant bien des malaises parce que je suis un gars aux allures de « vrai gars ». Six pieds deux pouces, deux cents trente livres et une bouille tout ce qu’il y a de plus masculine. Considérant mon image (je présume), il semble que je ne devrais pas appliquer de petites fleurs sur mon camion. Une traînée de feu rouge vif, la représentation d’un éclair ou des p’tites lumières fluorescentes -ça passerait- mais des fleurs… et le doute s’installe sur mon identité sexuelle. Permettez-moi d’en rajouter; si mon image devait correspondre à mes goûts et intérêts, je porterais une jupe de temps en temps…

Parce que je n’ai pas l’air d’un fif (c’est l’expression des autres, pas la mienne) et que j’applique quand même de petites fleurs sur mon camion, j’aurai droit à toutes sortes de commentaires. J’ai tout entendu comme farces plates de fif reliées au fait que des fleurs soient visibles sur mon camion. Pour cacher le véritable malaise, les gens lancent des grosses jokes plates. Malgré tout, je ne m’empêcherai pas de décorer mon camion comme j’en ai envie, je ne m’empêcherai pas de faire ce dont j’ai besoin pour être heureux. Un jour, quelqu’un m’a même dit que je faisais certainement ça « parce que j’aime provoquer ». Si j’avais une grosse moto Harley Davidson qu’on entend à des millions de kilomètres accompagnée d’une « pitoune écartillée » assise derrière moi, je ne serais pas perçu comme quelqu’un qui veut provoquer…

Maudit que notre société a besoin de se rassurer sur la virilité de leurs mâles. Maudit que ça nous déstabilise que des hommes ne correspondent pas en tout point à la définition préhistorique de la masculinité.

Si j’étais une femme ou un homosexuel, ma démarche serait comprise comme l’expression de « ma féminité ». Mais voilà le problème, j’aime le football et aussi les petites fleurs bleues pâles sur mon camion. J’ai construis moi-même ma maison et j’aime prendre des ti-beubés dans mes bras. J’ai déjà dis à quelqu’un que « je lui casserais la gueule » s’il se permettait un autre commentaire désobligeant au sujet de ma blonde alors que j’ai aussi envie de brailler pendant un film triste.

Voilà, vous le savez maintenant : je suis bi.

Je suis capable d’un peu de rudesse mais j’ai besoin de beaucoup de tendresse. Et je suis un homme parfaitement normal, parfaitement masculin. La masculinité n’a plus une seule définition, ça fait 30 ans qu’on aurait dû l’avoir compris. J’aime effectivement regarder le football mais ça me met en joualvert qu’on présume que j’ai envie de voir des pitounes se déhancher entre les séquences de jeux. Je peux parfaitement jouer du marteau et de la scie circulaire et pourtant je n’ai jamais fais de joke de cul macho en mettant un mur de niveau. J’oubliais, j’ai le droit de penser que les bagarres au hockey sont fatales pour la masculinité de nos garçons et être un vrai homme pour autant.

Ma masculinité à moi a le droit de s’exprimer comme elle en a besoin et aussi « fémininement » que j’en ai envie. D’ailleurs, ma définition d’un homme : un être humain avec un pénis. Qu’il soit « aux hommes, aux femmes ou aux deux », qu’il aime le rose, le mauve, le noir, qu’il ait choisi de rester à la maison pour éduquer ses enfants, qu’il ait joué à la poupée dans son enfance : s’il possède un pénis, c’est un homme.

C’tu clair? Personne n’a le droit de remettre en question l’identité masculine d’un gars qui porte la bizoune, peu importe ses choix, peu importe ses goûts.

C’tu re-clair?

Je ne sais pas pour vous autres mais moi, je commence à avoir hâte que la société devienne vraiment contemporaine en ce qui concerne l’identité masculine. Parce qu’en matière d’identité féminine, les femmes sont rendues ailleurs, plutôt, elles sont rendues quelque part. Le meilleur exemple; il y a trente ans, auriez-vous vu une femme décorer son véhicule aux couleurs des Canadiens de Montréal? Non, car c’était alors une affaire de gars. Aujourd’hui, autant de femmes que d’hommes décorent leur véhicule pendant les séries au hockey. Elles ne sont pas moins féminines pour autant. Dans un bar, une femme qui cruise fort ou non, maladroitement ou non est une femme, un homme qui cruise mal est une moitié d’homme de qui on rira et on fera même la comparaison avec les si-beaux-et-gentils-et-masculins-italiens qui « savent cruiser eux-autres ». Une jeune femme peut vouloir devenir mécanicienne, elle sera alors respectée pour son courage. Un homme veut devenir éducateur en garderie… et on se questionnera sur son envie (peut-être déviante?) de côtoyer des enfants.

La masculinité n’a jamais autant été jugée, observée, graduée, évaluée… et c’est assez! Trop d’hommes pensent encore qu’ils ont à prouver leur masculinité, qu’ils ont à respecter un code de conduite masculine. Qu’être un homme est ceci ou cela. Personnellement, j’en ai rien à foutre de l’évaluation ou de l’opinion des autres. Personne ne me dira ce que je dois faire ou être pour « prouver ma masculinité ».

Vous comprenez bien que ma situation « de gars qui décore son truck avec des fleurs » n’a rien de dramatique mais elle exprime trop bien le fait que les hommes québécois sont encore trop dépendants d’une vieille identité masculine dépassée.

Si j’ai écris ce texte, c’est que j’ai toujours de la peine en constatant la réaction des jeunes garçons quand ils voient mon camion décoré avec des petites fleurs. Ils sont mal à l’aise. Vraiment. Ils sont tout jeunes; 7, 8 ou 9 ans et déjà, ils sont prisonniers d’une identité masculine préhistorique qui leur dicte : si tu as des fleurs sur ton char et que tu es un homme, tu es probablement un fif.

Et ils se sentent alors obligés de prouver leur masculinité, ils sentent l’obligation de faire un choix en se moquant de ce qu’ils voient. Le pire, c’est que plusieurs d’entre eux aiment ce qu’ils voient mais n’oseront jamais l'avouer, de peur de se faire traiter de fif.

Imaginez s’ils sont vraiment fifs…

Et tout ça continuera en vieillissant; à 12 ans, 17 ans, 25 ans, 45 ans et 60 ans. Encore, en 2009, des hommes jouent aux durs, des gars ont l’air de tripper sur les chars, des gars ont l’air de tripper sur les filles et tout ça… est faux.

Les hommes sont faux et tant qu’ils tenteront de correspondre à une masculinité qui aurait dû crever il y a 30 ans, ils resteront faux.

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Des hommes mal en point

''...les hommes se nourissent moins bien que les femmes et un moins grand nombre d'entre eux considèrent avoir de saines habitudes alimentaires...''

''...les hommes se soignent beaucoup moins que les femmes et posent moins fréquemment et moins volontairement que celles-ci les gestes nécessaires au maintien ou à la restauration de leur santé. En fait, trop souvent, lorsqu’ils se décident à consulter, il est très tard, et parfois même trop tard...''

''...lorsqu’ils demandent de l’aide, les hommes plus traditionnels le font d’une façon non conventionnelle, parfois agressivement parce que mal dans leur peau. Ils risquent d’être reçus de manière répressive, ou de se voir refuser l’accès aux services...''

extraits du Rapport Rondeau - Janvier 2004

 


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