Certaines
injustices sont hypocrites, subtiles, difficiles à
cerner et pourtant, elles sont vivement combattues.
De toute façon, toute injustice doit être
combattue, peu importe son statut.
D’autres
injustices sont flagrantes, indécentes, imposantes
et pourtant absolument déniées. Parlons
donc de l’unes d’entre elles.
Comme
le choix du moment où on devient parent.
À
chaque année, au Québec, il se pratique
à peu près 25 000 interruptions volontaires
de grossesse (l’avortement). 25 000 fois, des
femmes ont fait le choix de ne pas devenir mère.
Il n’est pas question ici de déterminer
si l’avortement est moralement acceptable mais
de soulever le fait que les femmes sont libres d’y
avoir recours lorsqu’elles ne se sentent pas en
mesure de devenir mère.
Au
Québec, une femme peut éviter la souffrance
-physique ou psychologique- que lui incomberait le fait
d’avoir un enfant, c’est un droit reconnu
qui ne pourrait être remis en question.
Maintenant,
l’homme québécois, possède-t-il
le même droit? Pas du tout. Un homme ne peut pas
choisir le moment où il deviendra père.
Jamais.
Le
score n’est même pas serré : Femmes
25 000 - Hommes 0.
Pensez-y,
juste l’an passé, pendant que des milliers
de femmes sont ressorties libérées de
la menace de la maternité après avoir
eu recours à un avortement, des milliers d’hommes
sont devenus père contre leur gré en ressortant
d’une salle d’accouchement.
Imaginez,
se voir imposer la plus lourde responsabilité
qui existe. Certains en ont carrément envie de
mourir. Certains transforment même leur envie
en réalité; avec un gun, une corde ou
le tuyau d’échappement de leur char. Que
seraient devenues ces femmes qui ont avorté si
ont leur avait refusé le droit à l’avortement?
Si les féministes québécoises se
sont autant battues pour que les femmes puissent avorter,
c’est certainement pour les libérer de
souffrances profondes.
Les
hommes, eux, méritent de subir leur paternité.
C’est qu’ils méritent de souffrir
les écoeurants d’hommes. « Prenez
vos responsabilités » qu’on dit aux
maudits hommes, « libérez-vous d’une
maternité non désirée » qu’on
dit aux femmes. On dit aux hommes d’aller se faire
vasectomiser, on dit aux femmes qu’elles ont le
droit à l’erreur.
Des
hommes sont violents envers des femmes mais la société
est carrément sadique envers des hommes en
jugeant l’engagement de certains pères,
en les taxant d’irresponsables. Nous disons qu’ils
fuient alors qu’ils ne font que démontrer
une incapacité que des femmes ont parfaitement
pu éviter. Est-ce qu’une femme qui se fait
avorter est une irresponsable qui fuit ses responsabilités?
Votre réponse -en tant que société-
est « non » puisque vous avez accepté
que l’avortement soit pratiqué 25 000 fois
par an ces dernières années. Je ne reprocherai
jamais à un homme qui a subi sa paternité
de fuir, c’est le seul droit « moral »
qu’il est encore capable d’exercer pour
éviter une souffrance invivable.
Les
femmes qui sont victimes de discrimination au travail,
les femmes qui sont victimes de la publicité
sexiste ou les femmes qui gagnent un salaire moins élevé
que leur semblables masculins n’ont aucune idée
de ce qu’est une véritable injustice si
on les compare au fait que des hommes, chaque jour,
doivent subir une paternité alors que leurs voisines
d’à côté reviennent tout juste
de se faire avorter.
Au
Québec, en 2009, le mot « victime »
pourrait même changer de genre et devenir masculin.
L’égalité n’est effectivement
pas acquise; les hommes ont un bout de chemin à
faire avant de devenir les égaux des femmes.
Maintenant,
les vraies questions : pourquoi les hommes continuent-ils
à subir cette injustice sans réagir? Que
faudra-t-il pour qu’ils exigent que ça
change?
J’arrête
ici, j’ai peur des réponses que je pourrais
écrire.
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