Le
vrai débat: la souffrance /
21 mai 2008
J'ai
pris connaissance du volume ''Le mouvement masculiniste
au Québec, l’antiféministe démasqué''
sous la plume de Mélissa Blais et Francis
Dupuis-Déri et, quelques réflexions
me sont venues.
Est-ce
que des masculinistes québécois sont antiféministes?
Bien sûr. Et puis après? J'espère
que la société dans laquelle je vis permet
à des hommes de s'affirmer antiféministes.
J'espère aussi que les femmes questionneront
profondément le mouvement masculiniste (dont
je fais partie) pour s'assurer qu'il ne bouscule et
n'extermine rien d'autre que la détresse et la
souffrance des hommes.
Toutefois,
est-il pertinent de débattre
des actions des méchants masculinistes
et de leur discours? J'en doute. J'en doute car outre
quelques individus isolés, bien peu de masculinistes
d'affichent ouvertement contre les féministes.
Bien peu possèdent les outils et la crédibilité
pour être lus, écoutés et regardés.
''Démasquer'' le masculinisme est un terme beaucoup
trop fort, rien n'est caché dans ce mouvement
bien trop jeune et inexpérimenté pour
masquer quoi que ce soit.
Le
masculinisme est en fait un groupuscule à peine
organisé, jeune et chaotique mais pourtant capable
de provoquer des remouds. Paradoxal n'est-ce pas? La
détresse des hommes doit être grande en
torieux pour brasser autant la conscience avec
si peu de moyens. Quand quelques hommes n'ont plus honte
et crient leur détresse, c'est nous tous et toutes
qui ressentons un profond malaise. Très intéressant.
Ce
qui me touche plus précisément dans le
discours de l'auteur Francis Dupuis-Déry, ce
sont ses efforts pour amoindrir la détresse des
hommes. J'ai pu entendre ce dernier à l'émission
Gauthier à TQS et d'entrée de jeu, il
a affirmé que les hommes ne pouvaient pas être
en mauvaise posture puisqu'ils occupent la plupart des
postes de pouvoir et dirigent l'économie et la
finance.
Comme
si tous les hommes étaient puissants et riches.
Comme si la détresse et la souffrance des hommes
étaient moins importantes parce qu'une majorité
de leurs semblables possèdent du pouvoir. Comme
si le jour où les femmes prendront le pouvoir
politique et économique, elles n'auront plus
le droit de décrier quoi que ce soit qui touche
leurs mères, leurs soeurs, leurs filles.
Pourquoi
un homme cultivé et intelligent comme Francis
Dupuis-Déry peut-il être porteur d'arguments
aussi peu crédibles? Je crois simplement que
notre société n'est pas prète à
entendre que les hommes sont fragiles, notre oreille
n'est pas encore habituée aux pleurs
des hommes. Les hommes eux-mêmes sentent leur
masculinité menacée lorsqu'ils entendent
d'autres hommes ''se plaindre'', ce sont toutes leurs
références passées qui sont bousculées.
D'ailleurs, le mythe de l'homme qui n'a pas de problèmes
et qui ne devrait pas se plaindre est l'un des derniers
véritables mythes encore présents dans
notre société. Les réactions provoquées
et alimentées par un mythe ne peuvent qu'être
insensées, c'est connu.
Que
ceux qui se sentent mal le disent, le crient -le gueulent
même- il en va de leur survie. ''Chu en tabarnac
après les femmes!'' n'est pas moins valable
pour exprimer sa douleur que ''je ressens une vive douleur
psychologique provenant du bris de ma relation avec
la mère de mes enfants qui n'est pas la responsable
de mon malheur''. Ne préférez-vous pas
la maladresse et les mots maladroitement choisis au
fatal silence?
Maintenant,
le véritable débat n'est pas de savoir
si des masculinistes s'opposent aux féminismes
et s'ils sont légitimes de le faire. Je l'ai
écris plus tôt, dans notre société
libre, des masculinistes ont parfaitement le droit de
s'opposer au mouvement féministe.
(Petite
parenthèse en passant, notre organisation s'inspire
des plus belles et grandes réalisation du féminisme
pour structurer des ressources pour les hommes. Merci
aux féministes pour le modèle qu'elles
constituent pour nous.)
Quand
nous observons ceux qui s'opposent -fortement, vivement,
agressivement et depuis longtemps- au féminisme,
pouvons-nous nous concentrer sur la profondeur de la
souffrance à partir de laquelle les hommes s'abreuvent
au lieu d'évaluer si une menace plane sur les
féministes? Soyons réalistes, le mouvement
féministe est suffisemment structuré,
organisé et financé pour se défendre
contre les tittes attaques des méchants
masculinistes. Concentrons-nous svp sur le plus
pressant: la détresse des hommes.
De
toute façon, si les méchants masculinistes
se trompent sur la source des injustices les touchant
(en pointant les féministes par exemple), n'y
verrions-nous pas là justement la démonstation
de la profondeur de leur souffrance qui en fausse même
leur jugement?
Nous
commençons à peine à être
capables de nous exprimer quand nous avons mal (n'est-ce
pas ce que nous souhaitons depuis des générations,
en venir à être capable de s'exprimer?)
et il faudrait déjà le faire sans
se tromper, parfaitement?
Avant
de débattre et de se questionner si des masculinistes
s'opposent au féminisme, il faudrait peut être
devenir tous et toutes capables d'entendre, d'accueillir
et de combattre la souffrance des hommes. Question
de priorités...
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